Le web, le cinéma français et le futur : réflexions autour du film «Les Dissociés »

L’équipe de vidéastes des Suricate a sorti il y a quelques temps un long-métrage qui a pas mal fait parler de lui : Les Dissociés a en effet été le plus gros démarrage pour un film français en 2015, devant Les Profs 2. « Et il est sorti sur Youtube » s’exclament en cœur les grands médias généralistes !

Un film gratuit à petit budget, fait avec amour

La chaîne des Suricate nous a habitué à des formats courts sur le mode du sketch avec les vidéos qu’ils produisent chez Golden Moustache. Avec Les Dissociés, si le format est différent (durée : 75 minutes) la qualité, elle, est bien à la hauteur.

Le film en lui-même est très bon et si vous ne l’avez pas vu, je vous invite vivement à le regarder (mais d’abord finissez la lecture, je vous ai à l’oeil). Le scénario est bien ficelé et assez bien pensé pour passer outre les contraintes qu’ont pu imposer à l’équipe ce nouveau format.

Les Dissociés : un film où les personnages peuvent échanger leurs corps

Le concept du film, très brièvement

Les Dissociés raconte l’aventure peu commune de deux personnages qui se font voler leur corps durant leur sommeil. Ils vont devoir s’accommoder de leurs nouveaux corps pour retrouver leurs anciens… et s’habituer aux nouveaux pouvoirs qu’ils ont acquis grâce et à cause de cet échange. Ils font désormais parti des dissociés.

Non seulement le film est-il drôle et très prenant mais traite de son sujet comme sans doutes aucune grosse production française ne l’aurait fait. Un personnage qui change de sexe (en changeant de corps) et qui n’est pas un cliché ambulant, cela relève presque de l’exploit. En fait : une comédie française qui n’utilise pas des clichés bien sales comme vecteur d’humour tout court ça change (oui oui c’est à vous que je pense Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu, Le Grand partage et les autres).

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Magalie, une enfant de 5 ans, jouée par Vincent Tirel

Les Dissociés : un film pensé pour internet, diffusé sur internet

Bien qu’il ne soit pas le premier long-métrage français diffusé sur youtube (on peut citer le film Hard Corner ou encore la trilogie Noob), Les Dissociés nous apporte une preuve de plus que grâce au web les créateurs peuvent apporter du neuf : certes parfois avec moins de moyens et des contraintes différentes mais plus de libertés, plus de possibilités, et une plus grande proximité avec le public. affiche-les-dissocies-suricate-golden-moustache

À titre d’illustration, Les Dissociés a bénéficié d’un budget format poche de 150.000€, grâce à du placement de produit (très peu visible cela dit au passage, on ne me l’aurait pas dit je n’y aurais pas prêté attention). Pour vous donner un ordre d’idée, Les Profs 2 qui a fait en salle un nombre de visionnage équivalent à son lancement avait un budget gargantuesque de 16 millions d’euros (troisième plus gros budget de l’année 2015 pour un film français).

Plus généralement ce sont de nouvelles manières de concevoir un film et de le produire pour une audience sur internet qui prend de l’ampleur….si bien que dans les médias on en vient à le comparer aux films produits pour le cinéma. Et ça fait du bien de voir que ce genre de projet peut aussi marcher en France !

Cela commence à faire un moment que Youtube et les créateurs qui y produisent des vidéos en tous genres font parler d’eux dans les médias dits « généralistes ». Mais c’est souvent pour être comparés à la télévision, au cinéma et souvent dénigrés ou regardés de haut : invités sur les plateaux TV ils sont moqués, chahutés par les « vrais journalistes » des médias « plus sérieux ».

Le WEB comme objectif, non comme tremplin

Les vidéastes qui ont connu le plus gros succès ont vu dans Youtube (ou autre plate-forme de diffusion sur le web) une opportunité pour se faire connaître et bénéficier d’un tremplin pour atteindre les médias traditionnels, la télévision ou le cinéma. Certains y sont arrivés, et tant mieux pour eux. D’autres moins chanceux ont essuyé de sacrés échecs et le bashing général de la part des médias : Norman ou Hugo tout seul au cinéma, le flop de 10 minutes à perdre sur Canal+…

Et quel dommage ! Le web offre un espace de liberté pour la créativité et le partage qu’aucun média vertical ne peux égaler ! Et c’est justement dans ce sens qu’on peut lire un projet comme Les Dissociés : le web peut être vu comme objectif viable, non seulement comme tremplin !

Une nuance à garder en tête tout de même : Les Dissociés est produit par Golden Moustache qui appartient à la chaîne M6 et a été diffusé à la TV sur W9.

Une alternative très solide aux médias traditionnels (même en France) ?

Ici je parle de cinéma car Les Dissociés est un long-métrage, mais plus généralement cela s’applique à beaucoup de productions audiovisuelles et on peut extrapoler un peu la réflexion.

Cela aura pris un peu plus longtemps qu’aux États-Unis mais désormais en France aussi les créateurs vidéastes sont de véritables médias à eux tout seuls. Notez qu’ici je dis créateurs vidéastes pour ne pas dire youtubeurs pour ne pas exclure ceux qui partagent leurs créations sur leurs propres sites, sur Daylimotion, sur Soundcloud ou ailleurs.

Qu’il s’agisse de fictions, de programmes culturels ou de divertissement, de nouveaux vidéastes sortent du lot chaque mois, chaque semaine, prouvant que la qualité d’un programme ne vient pas foncièrement du nombre de téléspectateurs mobilisés. Sans parler de ceux que vous connaissez déjà tous, il y a des tas de créateurs qui partagent des idées, de la connaissance, des réflexions avec des centaines de milliers de personnes, avec du contenu de très très grande qualité sur le fond comme sur la forme !

Cet article est donc pour moi l’occasion d’ouvrir une nouvelle chronique sur le blog où je m’efforcerais de référencer des créateurs amateurs et des émissions de qualité diffusées sur le web. Vous en connaîtrez certains mais j’espère aussi que ce sera l’occasion de faire des découvertes !

 


 

Alors, vous avez pensé quoi des Dissociés ? Du film en lui-même mais du principe de diffusion ? Des remarques sur le fond ?




4 réponses sur “Le web, le cinéma français et le futur : réflexions autour du film «Les Dissociés »”

  1. Aurélien Zuchowski dit :

    Salut l’ami!
    Je suis vraiment très heureux que tu parles des Dissociés! J’ai eu la chance de le voir au ciné dans une des trois avp faites sur Paris avant la diffusion sur le net. Et c’était vraiment une très bonne expérience.
    Article très rigoureux et intéressant comme d’habitude. J’ai hâte que tu partage d’autre petite perles du net, que j’espère secrètement ne pas connaître 😉
    En tant que scénariste je suis totalement d’accord avec toi, le net devient un objectif, mais je pense aussi qu’il reste un moyen de faire ses armes. Les vidéastes les plus connus du web (je pense particulièrement a François Descrasques) se sont vu proposé d’évoluer vers de la télé et on préféré rester sur le web. Donc objectif oui, mais moyen aussi.

    Continue à nous faire découvrir de belles choses sur ton blog ! o/

    1. Julianoe dit :

      Veinard ! ça devait être cool de pouvoir voir un film comme celui en salle 🙂

      Oui en effet il y a pas mal de chaînes ou de producteurs qui ont voulu « attirer » des créateurs du net vers des moyens de diffusion plus traditionnels. Canal a par exemple fait un tour complet des facecamers (à inscrire dans le dico), Norman etc pour leur offrir des chroniques dans ses émissions… Mais je pense qu’ils ont compris que c’était sur youtube (et autres, ne les oublions pas) que le futur se passait 🙂

      J’ai une référence cool sur le sujet pour la prochaine fois 😉

      Merci pour ta lecture et à très vite pour le début de ces découvertes videastiques 😉

  2. Julianoe dit :

    Pour ceux qui veulent de la lecture sur les Dissociés ou sur Youtube percu dans les médias je vous ai mis les liens que j’ai récolté ici : https://www.evernote.com/sh
    J’ai trouvé l’angle de l’article de Mademoizelle très intéressant en l’occurence

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